Philippe Croizon, vous savez, ce gars qui a traversé la Manche à la nage sans jambes ni bras (donc sans manches, non plus).
« Un exemple pour les autres », « la preuve que rien n’est impossible », que « aucune limitation n’est insurmontable » ou que « avec de la volonté, il n’existe aucune barrière ».
(À noter quand même que si rien n’est impossible, lors d’un 110 m/haies en fauteuil roulant, on les sent bien dans la gueule, les barrières.)
C’est comme les Jeux Paralympiques, justement. Moi je boycotte. Ne serait-ce que pour m’épargner les commentaires « une grande leçon de courage », « quand on veut on peut », « la volonté déplace des montagnes »…
À cause des gens comme eux, toutes les personnes handicapées sont obligées de se surpasser, d’avoir une énorme volonté et un courage immense, de réaliser des choses exceptionnelles. On n’a plus le droit d’être des personnes moyennes.
Le « couragisme » (fait d’insister sur le courage des personnes handicapées, je viens d’inventer le terme, par opposition au « misérabilisme » qui insiste sur les aspects misérables de leur vie quotidienne) est d’ailleurs entré dans les mœurs. Les personnes handicapées n’ont même plus besoin de faire quoi que ce soit d’extraordinaire pour qu’on leur prête une volonté et un courage exceptionnels.
– Bravo Monsieur, quel courage vous avez !
– Qui, moi ? Mais je suis juste en train de faire des mots-fléchés…
– Non mais si, quel courage, vraiment ! Quelle volonté !
– Ce n’est pas grand chose, c’est des force 4…
– Et cette modestie, en plus ! Y’en a qui feraient bien de prendre exemple.
Philippe Croizon nous a fait beaucoup de mal.

Laisser un commentaire
Rejoindre la discussion?N’hésitez pas à contribuer !