Quand on parle de rire et de handicap, comment éviter de parler d’Intouchables, le film d’Olivier Nakache et Éric Toledano sorti en 2011 ?
Avec 19,44 millions d’entrées lors de sa sortie, c’est le deuxième plus gros succès du box-office en France. Film français en langue française le plus vu à l’étranger en 2012 ; film le plus vu de l’année 2012 dans l’Union Européenne ; plus grand succès d’un long métrage français à l’international (toutes langues confondues) en 2013 ; film français le plus vu au monde…
On pourrait citer encore de nombreuses performances et distinctions, mais est-ce que le succès fait nécessairement la qualité ?
Pour une minorité de critiques, la réponse est non. « Intouchables ruisselle de bons sentiments, et c’est la barbe ! » commentait Pierre Murat pour Télérama, tandis que Les cahiers du cinéma assénaient qu’Intouchables était « condamné à une guimauve dégoûtante » ou encore que le critique Jay Weissberg, pour le magazine américain Variety, accusait le film d’un « racisme offensant comparable à celui de La Case de l’oncle Tom »…
Mais chacun son métier. L’association Des bâtons dans les roues n’a pas vocation à juger de la qualité d’un film ni d’en faire une critique sociologique. Toujours est-il qu’en termes de rire et de handicap, d’anti-misérabilisme et de promotion de la visibilité des personnes handicapées, Intouchables est l’une des plus grandes réussites cinématographiques des 3 derniers siècles*.
Basé sur un chapitre du livre Le Second Souffle (2001) dans lequel Philippe Pozzo di Borgo, tétraplégique, évoque sa relation avec son auxiliaire de vie Abdel Yasmin Sellou, le film s’en affranchit en de nombreux points. Mais il réussit à combler le vœu de Philippe Pozzo di Borgo : être drôle.
Et même si alternant subtilement drame et humour, le drôle est souvent très drôle, notamment à travers le personnage de Abdel-Yasmin Sellou, appelé Driss dans le film et interprété par Omar Sy (César 2012 du meilleur acteur pour le rôle). En plus d’être drôle, Intouchables a aussi le mérite, entre autres, de mettre en lumière les difficultés rencontrées par les personnes en situation de handicap dans le recrutement de leurs aides à domicile, pour lequel on leur demande de ne pas trop faire les difficiles, quand on ne les leur impose pas purement et simplement. Il a aussi celui d’avoir porté le thème du handicap sous les projecteurs à un niveau encore inégalé.
Notre seule critique, c’est que comme dans la grande majorité des films du genre, le rôle du personnage porteur d’un handicap est interprété par un acteur valide. Cela dit, l’interprétation de François Cluzet est magistrale. Les mouvements de la tête et des yeux qui compensent l’immobilité du buste, là où le valide emploierait les trois pour regarder sur le côté, c’est à s’y méprendre et on est certain que l’acteur a bûché le sujet. Il en faut, du talent, pour jouer un personnage de film d’action, mais il en faut aussi, et peut-être plus encore, pour jouer un personnage immobile.
« Même le titre du film, Intouchables, est le bon. Et vous savez pourquoi ? À cause de la lettre S. Vous avez deux intouchables, paria chacun dans son genre, qui, pris séparément, sont infréquentables et, une fois ensemble, sont indestructibles. »
(Philippe Pozzo di Borgo)
*On sait que le cinéma n’a été inventé qu’à la fin du 19e siècle, mais c’était pour forcer le trait.



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